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vebre09marseille-histoire fleursetgraindesel

vebre09marseille-histoire fleursetgraindesel

Ce blogue a pour but de vous faire part de mes recherches, bien modeste, sur l’histoire de Vèbre et de sa région. Mais aussi de mettre en ligne un peu d’histoire des plantes du jardin botanique de Marseille; mon lieu de résidence. Le tout agrémenté de photographie et d’autres textes.

Publié le par Ponpon,de Pey
Publié dans : #poesie

 

Une petite pluie fine

Fertilise le sol

Do-mi-sol

 

Une petite pluie fine

Rafraîchit le pré

Do-mi-ré

 

Une petite pluie fine

Arrose les lilas

Do-mi-la

 

Une petite pluie fine

Fait éclater les soucis

Do-mi-si

 

Une petite pluie fine

Abreuve les résédas

Do-mi-fa

Jean-Louis Jacob

Poème "La pluie" - recueil "Poèmes pour bons petits diables

Captif de l’hiver dans ma chambre

Et las de tant d’espoirs menteurs,

Je vois dans un ciel de novembre,

Partir les derniers migrateurs.

 

Ils souffrent bien sous cette pluie ;

Mais, au pays ensoleillé,

Je songe qu’un rayon essuie

Et réchauffe l’oiseau mouillé.

François Coppée

 

 

Nos jeunes poétes

 

Poème "Novembre" - recueil "Les mois"

 

J'entends la pluie,

qui clapote en jouant ses belles notes

plic plac plac.

L'orage violent arrive

les notes de la pluie éclatent

plif plaf poum !

Le soleil brillant arrive

en éclairant le pré mouillé.

C'est le début de l'été.

Cindy P. et Florian

- CM octobre 2001

 

La pluie douce murmure

et fait briller le monde,

terre multicolore.

Elle chuchote

dans les eaux émerveillées

de la Dame du Lac.

Jérôme et Mathieu

- CM octobre 2001 -

Source

http://www.ac-grenoble.fr/ecole/ugine.crest-cherel/ex/Poesies/Themes/pluie_po.htm

 

 

René-François SULLY PRUDHOMME   (1839-1907)

Pluie

 

Il pleut. J'entends le bruit égal des eaux ;

Le feuillage, humble et que nul vent ne berce,

Se penche et brille en pleurant sous l'averse ;

Le deuil de l'air afflige les oiseaux.

 

La bourbe monte et trouble la fontaine,

Et le sentier montre à nu ses cailloux.

Le sable fume, embaume et devient roux ;

L'onde à grands flots le sillonne et l'entraîne.

 

Tout l'horizon n'est qu'un blême rideau ;

La vitre tinte et ruisselle de gouttes ;

Sur le pavé sonore et bleu des routes

Il saute et luit des étincelles d'eau.

 

Le long d'un mur, un chien morne à leur piste,

Trottent, mouillés, de grands bœufs en retard ;

La terre est boue et le ciel est brouillard ;

L'homme s'ennuie : oh ! que la pluie est triste !

 

Source

http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/rene_francois_sully_prudhomme/pluie.html

 

Pour un poète il ne s'agit jamais de dire qu'il pleut. Il s'agit. .. .De créer la pluie.

 

Paul Valéry, Cahiers

http://www.dicocitations.com/citations-mot-pluie-3.php#E0Pgiv5rbFYYcX4I.99

 

 

La Pluie

 

Par les deux fenêtres qui sont en face de moi, les deux fenêtres qui sont à ma gauche, et les deux fenêtres qui sont à ma droite, je vois, j’entends d’une oreille et de l’autre tomber immensément la pluie. Je pense qu’il est un quart d’heure après midi : autour de moi, tout est lumière et eau. Je porte ma plume à l’encrier, et jouissant de la sécurité de mon emprisonnement, intérieur, aquatique, tel qu’un insecte dans le milieu d’une bulle d’air, j’écris ce poème.

Ce n’est point de la bruine qui tombe, ce n’est point une pluie languissante et douteuse. La nue attrape de près la terre et descend sur elle serré et bourru, d’une attaque puissante et profonde. Qu’il fait frais, grenouilles, à oublier, dans l’épaisseur de l’herbe mouillée, la mare ! Il n’est pas à craindre que la pluie cesse ; cela est copieux, cela est satisfaisant. Altéré, mes frères, à qui cette très merveilleuse rasade ne suffirait pas. La terre a disparu, la maison baigne, les arbres submergés ruissellent, le fleuve lui-même qui termine mon horizon comme une mer paraît noyé. Le temps ne me dure pas, et, tendant l’ouïe, non pas au déclenchement d’aucune heure, je médite le ton innombrable et neutre du psaume.

Cependant la pluie vers la fin du jour s’interrompt, et tandis que la nue accumulée prépare un plus sombre assaut, telle qu’Iris du sommet du ciel fondait tout droit au cœur des batailles, une noire araignée s’arrête, la tête en bas et suspendue par le derrière au milieu de la fenêtre que j’ai ouverte sur les feuillages et le Nord couleur de brou. Il ne fait plus clair, voici qu’il faut allumer. Je fais aux tempêtes la libation de cette goutte d’encre.

Paul Claudel

 

http://bacdefrancais.net/pluie-paul-claudel.php

 

Victor HUGO   (1802-1885)

Les pauvres gens

 

Il est nuit. La cabane est pauvre, mais bien close.

Le logis est plein d'ombre et l'on sent quelque chose

Qui rayonne à travers ce crépuscule obscur.

Des filets de pêcheur sont accrochés au mur.

Au fond, dans l'encoignure où quelque humble vaisselle

Aux planches d'un bahut vaguement étincelle,

On distingue un grand lit aux longs rideaux tombants.

Tout près, un matelas s'étend sur de vieux bancs,

Et cinq petits enfants, nid d'âmes, y sommeillent

La haute cheminée où quelques flammes veillent

Rougit le plafond sombre, et, le front sur le lit,

Une femme à genoux prie, et songe, et pâlit.

C'est la mère. Elle est seule. Et dehors, blanc d'écume,

Au ciel, aux vents, aux rocs, à la nuit, à la brume,

Le sinistre océan jette son noir sanglot.

 

II

 

L'homme est en mer. Depuis l'enfance matelot,

Il livre au hasard sombre une rude bataille.

Pluie ou bourrasque, il faut qu'il sorte, il faut qu'il aille,

Car les petits enfants ont faim. Il part le soir

Quand l'eau profonde monte aux marches du musoir.

Il gouverne à lui seul sa barque à quatre voiles.

La femme est au logis, cousant les vieilles toiles,

Remmaillant les filets, préparant l'hameçon,

Surveillant l'âtre où bout la soupe de poisson,

Puis priant Dieu sitôt que les cinq enfants dorment.

Lui, seul, battu des flots qui toujours se reforment,

l s'en va dans l'abîme et s'en va dans la nuit.

Dur labeur ! tout est noir, tout est froid ; rien ne luit.

Dans les brisants, parmi les lames en démence,

L'endroit bon à la pêche, et, sur la mer immense,

Le lieu mobile, obscur, capricieux, changeant,

Où se plaît le poisson aux nageoires d'argent,

Ce n'est qu'un point ; c'est grand deux fois comme la chambre.

Or, la nuit, dans l'ondée et la brume, en décembre,

Pour rencontrer ce point sur le désert mouvant,

Comme il faut calculer la marée et le vent !

Comme il faut combiner sûrement les manœuvres !

Les flots le long du bord glissent, vertes couleuvres ;

Le gouffre roule et tord ses plis démesurés,

Et fait râler d'horreur les agrès effarés.

Lui, songe à sa Jeannie au sein des mers glacées,

Et Jeannie en pleurant l'appelle ; et leurs pensées

Se croisent dans la nuit, divins oiseaux du cœur.

 

III

 

Elle prie, et la mauve au cri rauque et moqueur

L'importune, et, parmi les écueils en décombres,

L'océan l'épouvante, et toutes sortes d'ombres

Passent dans son esprit : la mer, les matelots

Emportés à travers la colère des flots ;

Et dans sa gaine, ainsi que le sang dans l'artère,

La froide horloge bat, jetant dans le mystère,

Goutte à goutte, le temps, saisons, printemps, hivers ;

Et chaque battement, dans l'énorme univers,

Ouvre aux âmes, essaims d'autours et de colombes,

D'un côté les berceaux et de l'autre les tombes.

 

Elle songe, elle rêve. - Et tant de pauvreté !

Ses petits vont pieds nus l'hiver comme l'été.

Pas de pain de froment. On mange du pain d'orge.

- Ô Dieu ! le vent rugit comme un soufflet de forge,

La côte fait le bruit d'une enclume, on croit voir

Les constellations fuir dans l'ouragan noir

Comme les tourbillons d'étincelles de l'âtre.

C'est l'heure où, gai danseur, minuit rit et folâtre

Sous le loup de satin qu'illuminent ses yeux,

Et c'est l'heure où minuit, brigand mystérieux,

Voilé d'ombre et de pluie et le front dans la bise,

Prend un pauvre marin frissonnant, et le brise

Aux rochers monstrueux apparus brusquement.

Horreur ! L’homme, dont l'onde éteint le hurlement,

Sent fondre et s'enfoncer le bâtiment qui plonge ;

Il sent s'ouvrir sous lui l'ombre et l'abîme, et songe

Au vieil anneau de fer du quai plein de soleil !

 

Ces mornes visions troublent son coeur, pareil

A la nuit. Elle tremble et pleure.

 

IV

Ô pauvres femmes

De pêcheurs ! c'est affreux de se dire : - Mes âmes,

Père, amant, frère, fils, tout ce que j'ai de cher,

C'est là, dans ce chaos ! mon cœur, mon sang, ma chair ! -

Ciel ! être en proie aux flots, c'est être en proie aux bêtes.

Oh ! songer que l'eau joue avec toutes ces têtes,

Depuis le mousse enfant jusqu'au mari patron,

Et que le vent hagard, soufflant dans son clairon,

Dénoue au-dessus d'eux sa longue et folle tresse,

Et que peut-être ils sont à cette heure en détresse,

Et qu'on ne sait jamais au juste ce qu'ils font,

Et que, pour tenir tête à cette mer sans fond,

A tous ces gouffres d'ombre où ne luit nulle étoile,

Es n'ont qu'un bout de planche avec un bout de toile !

Souci lugubre ! on court à travers les galets,

Le flot monte, on lui parle, on crie : Oh ! rends-nous-les !

Mais, hélas ! que veut-on que dise à la pensée

Toujours sombre, la mer toujours bouleversée !

 

Jeannie est bien plus triste encore. Son homme est seul !

Seul dans cette âpre nuit ! seul sous ce noir linceul !

Pas d'aide. Ses enfants sont trop petits. - Ô mère !

Tu dis : "S'ils étaient grands ! - leur père est seul !" Chimère !

Plus tard, quand ils seront près du père et partis,

Tu diras en pleurant : "Oh! s'ils étaient petits !"

 

V

 

Elle prend sa lanterne et sa cape. - C'est l'heure

D'aller voir s'il revient, si la mer est meilleure,

S'il fait jour, si la flamme est au mât du signal.

Allons ! - Et la voilà qui part. L'air matinal

Ne souffle pas encor. Rien. Pas de ligne blanche

Dans l'espace où le flot des ténèbres s'épanche.

Il pleut. Rien n'est plus noir que la pluie au matin ;

On dirait que le jour tremble et doute, incertain,

Et qu'ainsi que l'enfant, l'aube pleure de naître.

Elle va. L'on ne voit luire aucune fenêtre.

 

Tout à coup, a ses yeux qui cherchent le chemin,

Avec je ne sais quoi de lugubre et d'humain

Une sombre masure apparaît, décrépite ;

Ni lumière, ni feu ; la porte au vent palpite ;

Sur les murs vermoulus branle un toit hasardeux ;

La bise sur ce toit tord des chaumes hideux,

Jaunes, sales, pareils aux grosses eaux d'un fleuve.

 

"Tiens ! je ne pensais plus à cette pauvre veuve,

Dit-elle ; mon mari, l'autre jour, la trouva

Malade et seule ; il faut voit comment elle va."

 

Elle frappe à la porte, elle écoute ; personne

Ne répond. Et Jeannie au vent de mer frissonne.

"Malade ! Et ses enfants ! comme c'est mal nourri !

Elle n'en a que deux, mais elle est sans mari."

Puis, elle frappe encore. "Hé ! voisine !" Elle appelle.

Et la maison se tait toujours. "Ah ! Dieu ! dit-elle,

Comme elle dort, qu'il faut l'appeler si longtemps!"

La porte, cette fois, comme si, par instants,

Les objets étaient pris d'une pitié suprême,

Morne, tourna dans l'ombre et s'ouvrit d'elle-même.

 

VI

 

Elle entra. Sa lanterne éclaira le dedans

Du noir logis muet au bord des flots grondants.

L'eau tombait du plafond comme des trous d'un crible.

 

Au fond était couchée une forme terrible ;

Une femme immobile et renversée, ayant

Les pieds nus, le regard obscur, l'air effrayant ;

Un cadavre ; - autrefois, mère joyeuse et forte ; -

Le spectre échevelé de la misère morte ;

Ce qui reste du pauvre après un long combat.

Elle laissait, parmi la paille du grabat,

Son bras livide et froid et sa main déjà verte

Pendre, et l'horreur sortait de cette bouche ouverte

D'où l'âme en s'enfuyant, sinistre, avait jeté

Ce grand cri de la mort qu'entend l'éternité !

 

Près du lit où gisait la mère de famille,

Deux tout petits enfants, le garçon et la fille,

Dans le même berceau souriaient endormis.

 

La mère, se sentant mourir, leur avait mis

Sa mante sur les pieds et sur le corps sa robe,

Afin que, dans cette ombre où la mort nous dérobe,

Ils ne sentissent pas la tiédeur qui décroît,

Et pour qu'ils eussent chaud pendant qu'elle aurait froid.

 

VII

 

Comme ils dorment tous deux dans le berceau qui tremble !

Leur haleine est paisible et leur front calme. Il semble

Que rien n'éveillerait ces orphelins dormant,

Pas même le clairon du dernier jugement ;

Car, étant innocents, ils n'ont pas peur du juge.

 

Et la pluie au dehors gronde comme un déluge.

Du vieux toit crevassé, d'où la rafale sort,

Une goutte parfois tombe sur ce front mort,

Glisse sur cette joue et devient une larme.

La vague sonne ainsi qu'une cloche d'alarme.

La morte écoute l'ombre avec stupidité.

Car le corps, quand l'esprit radieux l'a quitté,

A l'air de chercher l'âme et de rappeler l'ange ;

Il semble qu'on entend ce dialogue étrange

Entre la bouche pâle et l'oeil triste et hagard :

- Qu'as-tu fait de ton souffle ? - Et toi, de ton regard ?

 

Hélas! aimez, vivez, cueillez les primevères,

Dansez, riez, brûlez vos coeurs, videz vos verres.

Comme au sombre océan arrive tout ruisseau,

Le sort donne pour but au festin, au berceau,

Aux mères adorant l'enfance épanouie,

Aux baisers de la chair dont l'âme est éblouie,

Aux chansons, au sourire, à l'amour frais et beau,

Le refroidissement lugubre du tombeau !

 

VIII

 

Qu'est-ce donc que Jeannie a fait chez cette morte ?

Sous sa cape aux longs plis qu'est-ce donc qu'elle emporte ?

Qu'est-ce donc que Jeannie emporte en s'en allant ?

Pourquoi son coeur bat-il ? Pourquoi son pas tremblant

Se hâte-t-il ainsi ? D'où vient qu'en la ruelle

Elle court, sans oser regarder derrière elle ?

Qu'est-ce donc qu'elle cache avec un air troublé

Dans l'ombre, sur son lit ? Qu'a-t-elle donc volé ?

 

IX

 

Quand elle fut rentrée au logis, la falaise

Blanchissait; près du lit elle prit une chaise

Et s'assit toute pâle ; on eût dit qu'elle avait

Un remords, et son front tomba sur le chevet,

Et, par instants, à mots entrecoupés, sa bouche

Parlait pendant qu'au loin grondait la mer farouche.

 

"Mon pauvre homme ! ah ! mon Dieu ! que va-t-il dire ? Il a

Déjà tant de souci ! Qu'est-ce que j'ai fait là ?

Cinq enfants sur les bras ! ce père qui travaille !

Il n'avait pas assez de peine ; il faut que j'aille

Lui donner celle-là de plus. - C'est lui ? - Non. Rien.

- J'ai mal fait. - S'il me bat, je dirai : Tu fais bien.

- Est-ce lui ? - Non. - Tant mieux. - La porte bouge comme

Si l'on entrait. - Mais non. - Voilà-t-il pas, pauvre homme,

Que j'ai peur de le voir rentrer, moi, maintenant !"

Puis elle demeura pensive et frissonnant,

S'enfonçant par degrés dans son angoisse intime,

Perdue en son souci comme dans un abîme,

N'entendant même plus les bruits extérieurs,

Les cormorans qui vont comme de noirs crieurs,

Et l'onde et la marée et le vent en colère.

 

La porte tout à coup s'ouvrit, bruyante et claire,

Et fit dans la cabane entrer un rayon blanc ;

Et le pêcheur, traînant son filet ruisselant,

Joyeux, parut au seuil, et dit : C'est la marine !

 

X

 

"C'est toi !" cria Jeannie, et, contre sa poitrine,

Elle prit son mari comme on prend un amant,

Et lui baisa sa veste avec emportement

Tandis que le marin disait : "Me voici, femme !"

Et montrait sur son front qu'éclairait l'âtre en flamme

Son coeur bon et content que Jeannie éclairait,

"Je suis volé, dit-il ; la mer c'est la forêt.

- Quel temps a-t-il fait ? - Dur. - Et la pêche ? - Mauvaise.

Mais, vois-tu, je t 1 embrasse, et me voilà bien aise.

Je n'ai rien pris du tout. J'ai troué mon filet.

Le diable était caché dans le vent qui soufflait.

Quelle nuit ! Un moment, dans tout ce tintamarre,

J'ai cru que le bateau se couchait, et l'amarre

A cassé. Qu'as-tu fait, toi, pendant ce temps-là ?"

Jeannie eut un frisson dans l'ombre et se troubla.

"Moi ? dit-elle. Ah ! mon Dieu ! rien, comme à l'ordinaire,

J'ai cousu. J'écoutais la mer comme un tonnerre,

J'avais peur. - Oui, l'hiver est dur, mais c'est égal."

Alors, tremblante ainsi que ceux qui font le mal,

Elle dit : "A propos, notre voisine est morte.

C'est hier qu'elle a dû mourir, enfin, n'importe,

Dans la soirée, après que vous fûtes partis.

Elle laisse ses deux enfants, qui sont petits.

L'un s'appelle Guillaume et l'autre Madeleine ;

L'un qui ne marche pas, l'autre qui parle à peine.

La pauvre bonne femme était dans le besoin."

 

L'homme prit un air grave, et, jetant dans un coin

Son bonnet de forçat mouillé par la tempête :

"Diable ! diable ! dit-il, en se grattant la tête,

Nous avions cinq enfants, cela va faire sept.

Déjà, dans la saison mauvaise, on se passait

De souper quelquefois. Comment allons-nous faire ?

Bah ! tant pis ! ce n'est pas ma faute, C'est l'affaire

Du bon Dieu. Ce sont là des accidents profonds.

Pourquoi donc a-t-il pris leur mère à ces chiffons ?

C'est gros comme le poing. Ces choses-là sont rudes.

Il faut pour les comprendre avoir fait ses études.

Si petits ! on ne peut leur dire : Travaillez.

Femme, va les chercher. S'ils se sont réveillés,

Ils doivent avoir peur tout seuls avec la morte.

C'est la mère, vois-tu, qui frappe à notre porte ;

Ouvrons aux deux enfants. Nous les mêlerons tous,

Cela nous grimpera le soir sur les genoux.

Ils vivront, ils seront frère et soeur des cinq autres.

Quand il verra qu'il faut nourrir avec les nôtres

Cette petite fille et ce petit garçon,

Le bon Dieu nous fera prendre plus de poisson.

Moi, je boirai de l'eau, je ferai double tâche,

C'est dit. Va les chercher. Mais qu'as-tu ? Ça te fâche ?

D'ordinaire, tu cours plus vite que cela.

 

- Tiens, dit-elle en ouvrant les rideaux, les voilà!"

Ce matin la pluie bienfaitrice arrose la Provence une des dernières avant les chaleurs de l’été. L’eau c’est la vie et la mort aussi. L ’ « émeraude » chlorophylle couvre  nos montagnes d’Ariège, signe certain qu’elles sont bien arrosées au printemps. Mon père  né en 1911 me racontait  que lorsqu’il était enfant il suivait le mois de Marie à l’église. Les fidèles chantaient  le cantique :

 

« C'est le mois de Marie

C'est le mois le plus beau

À la Vierge chérie

Disons un chant nouveau….. »

 

Mais les enfants au catéchisme chantaient, pour faire enrager Mr le curé « C’est le mois de Marie c’est le mois de la pluie à notre vierge chérie portons un parapluie ». Cette comptine bien innocente  résume le temps au printemps dans les Pyrénées.

Pour Marseille les gros orages de fin d’été ont un autre effet  secondaire sur  les trottoirs et les chaussées  qui ne sont jamais aussi propre qu’après une forte pluie, « exit » les crottes des toutous et des molosses et s’en suit une interdiction de baignade de 3 jours.

Si douce est la pluie sur notre Provence ces jours-ci  dans les Balkans elle inonde trois pays. Catastrophe majeure, une trentaine de morts, maisons détruites, outils de travail perdus,  récoltes à venir détruites, qui pourrait être évitée ,ou atténuées, si les hommes tenaient compte des événements passés. Autrefois peu de maisons ou villages étaient construits en bordure des cours d’eau.

  Les épidémies suivaient souvent les grosses inondations. Le cycle inondations, pertes de récoltes, trop de bouches à nourrir, famines semblait  s’instaurer comme si la nature voulait rétablir un équilibre. Pour moi la vie est un équilibre et l’environnement semble réagir comme s’il voulait  retrouver cet état d’équilibre  comme le pendule tend à le retrouver lorsqu’on le déplace dans un sens ou un autre.

Mais après la pluie vient le beau temps et après les inondations une forte fertilisation des sols bien meilleure  que tous les engrais .Samedi passé dans l’émission sur les civilisations d’Arte, de l’orient à l’occident,  nous avons pu voir un monument d’Egypte construit par les Arabes appelé   « nilomètre » il servait à mesurer la crue du Nil et donc à prévoir les récoltes à venir et l’impôt qui allait être recouvert.  Gouverner c’est prévoir. 

 

Le poème de Victor Hugo me fait penser à nos parents qui menaient paitre  les troupeaux quel que soit le temps. Il y avait environ 1000 moutons et 200 vaches à Vèbre dans les années 1880 -1900 et il n’était pas question que les troupeaux divaguent dans les cultures et chez autrui. Notre unique berger à bien de la chance il n’a plus besoin de les garder  à bâton  planté et  bien souvent elles se gardent toutes seule et sans clôture. Vive la liberté. Ce mode de pacage  nous vaut des chemins naturels, nouveaux au-dessus du village tracés par la « coopération » des brebis et des sangliers . Je vous décrirais le sentier  dans un prochain article. Très jolie balade à faire par beau tempsplustôt que par temps pluvieux.

 

Mais nous n’avons plus à Vèbre  de bergères

  

Il pleut, il pleut, bergère,

Presse tes blancs moutons ;

Allons sous ma chaumière,

Bergère, vite, allons :

J’entends sur le feuillage,

L’eau qui tombe à grand bruit ;

Voici, voici l’orage ;

Voilà l’éclair qui luit…..

 

Fabre d’Églantine

Œuvres mêlées et posthumes

1802 (pp. 182-184).

Pour la suite voirhttp://fr.wikisource.org/wiki/Il_pleut,_il_pleut,_berg%C3%A8re

 

Autour de la pluie

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