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vebre09marseille-histoire fleursetgraindesel

vebre09marseille-histoire fleursetgraindesel

Ce blogue a pour but de vous faire part de mes recherches, bien modeste, sur l’histoire de Vèbre et de sa région. Mais aussi de mettre en ligne un peu d’histoire des plantes du jardin botanique de Marseille; mon lieu de résidence. Le tout agrémenté de photographie et d’autres textes.

Publié le par Ponpon de Pey
Publié dans : #histoire Marseille

 

 

 

Une sortie de pêche dramatique

 

L'année 1842 à été fortement touchée par les orages violants  dans tous le midi et des tornades ,dans l'Aude;

 

gravures sources

Tartane, pour la pêche sur les côtes de Provence et d'Italie ; Leyts, bateau plat de Provence pour le transport des marchandises en rade à bord des vaisseaux;

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84543459/f17.highres

dans recueil des vues de tous les différents bastiments de la mer …1710

 

  Source du récit

 Bulletin de la société statistique de Marseille année 1842

disponible sur gallica (BNF) et sur books google (gratuit) 

 

Quelques mots sur l’orage du 11Juin 1842, à Marseille

— Bateau frappé par la foudre; par M. Natte, membre actif.

 

Le 11juin 1842, la matinée était belle, un léger vent d’ouest tempérait une atmosphère tiède et transparente. La mer était calme; quelques bouffées d’un vent chaud et lourd interrompaient seulement à de longs intervalles, la monotonie, la pureté de l’air et ridaient à peine la surface des eaux. Tout promettait une de ces limpides et harmonieuses journées dont le ciel de la Provence est si souvent gratifié.

                Aussi, dans une campagne voisine de la Madrague de la ville, à demi lieue de Marseille, quelques jeunes hommes au cœur gai, a l’humour joviale, préparaient avec ardeur, sans inquiétude de l’avenir , tout le matériel d’une partie  de pêche.

 

Vers les onze heures du matin, une brise amena des nuages qui, en passant sur la ville, laissèrent échapper quelques ondées de leur sein.

                Ces nuages s’évanouirent rapidement dans l’Est, et ce léger contretemps, au lieu de ralentir les préparatifs de nos amateurs de pêche, les fit hâter davantage à s’embarquer  sur une mer magnifique dans laquelle se reflétaient les riches couleurs d’un horizon radieux.

                Trois bateaux composaient cette petite division.

                Le premier, gros bateau demi ponté, à voile latine, de ceux qu’on appelle en Provence pouarto peï, porte poisson, était monté de dix hommes; c’étaient les nommés Bertrand, Escalon, Barraiy, Lanoë, Bonnifay, Silvy, Challaud, Carle, Gardair et Moulet, et il était armé de filets et

vivres nécessaires à deux jours de navigation.

                Les deux autres plus petits étaient, l’un monté de quatre hommes : Grolant, Schnell, Th Jh Demart et Jh Lantelme ou Lanteaume, et l’autre remorqué à la suite d’un gros bateau.

                A une heure après midi, favorisés par un vent d’Ouest petit frais, on dé ploya les voiles et on fit route. De fois autres le vent cessait et un calme contrariant venait amollir la voile qui retombait faible et flottante. Durant les intervalles de calme, les avirons servaient à faire avancer lentement  les bateaux qui, dans deux heures, n’avaient pas fait plus d’une lieue et se trouvaient seulement à la hauteur d'Endoume.

                Quelques averses intermittentes avaient bien engage les voyageurs du petit bateau à chercher un abri à terre; mais la grande barque continuant toujours sa route les avait forcé à la suivre.

Au nord et au sud, d’immenses montagnes de nuages noirs et compactes, déchirés par des éclairs rapides et fréquents, se dirigeaient poussés par des Vents Contraires et avec une égale vitesse, vers le zénith de la ville : là devait,  nécessairement s’opérer leur rencontre.

                Deux orages distincts se formaient en même temps. La mer, quoique calme, prenait cette couleur livide, cette teinte plombée, présage de la tempête, et tandis que dans les cieux s’amoncelaient ces gigantesques vapeurs, ces amas  de fluide électrique qui, effluents et affluents, se heurtent, se croisent en tous sens, se fuient pour revenir avec plus de rapidité les uns sur les autres et se livrer dans ce Monde supérieur de véritables combats. A l’ouest, l’horizon Large,  sans fin avait conservé ses couleurs d’or pures et brillantes et éclairait d’un jour féérique une grande quantité  de barques et de navires, qui, toutes voiles au vent, continuaient leur route.

                Il était trois heures el demie : les trois bateaux naviguaient dans les eaux de la madrague de Montredon, en face de la cabane du Raïs et du poste des douanes.

                Le vent, contrarié par des courants opposés et réfléchi par d’épais nuages, soufflait par rafales inégales; Ie baromètre était à 64° 06 et la température de l’air à l8° 8.

                De larges gouttes de pluie commençaient à tomber. Enfin la jonction des deux orages se fit avec un fracas épouvantable,  avec une indescriptible furie. Les nuées étaient descendues sur la surface de la mer; elles enveloppaient les bateaux qui ne pouvaient plus distinguer leur route.

                La grêle tombait avec violence; les éclats de la foudre qui se succédaient sans interruption, et une pluie torrentueuse  jetèrent ces jeunes hommes dans l’épouvante, et Paralysèrent leurs facultés.

                Le bateau monté par quatre hommes, favorisé par un éclairci, avait pu  être ramené à terre d’où il n’était qu’à deux encablures.

                Mais hélas! qu’elle scène se préparait dans Le grand bateau !! M. Bertrand, l’organisateur de la partie, ahuri par la tempête, s’était jeté dans la barque remorquée pour gagner le rivage : mais enveloppé par le brouillard, il ramait au hasard, sans reconnaître le point vers  lequel il devait aller.

                Le pilote du grand bateau, le nommé Moulet, craignant de mal diriger, avait  pris le parti de jeter l’ancre et d'attendre  un embelli qui lui permit de gagner terre.

                Dans ce moment, un éclair lézarda la nue, on entendit une forte détonation suivie d’un bruit analogue à l’explosion  d’une grosse caisse de fusées.

                Les nuages s’étant un peu écartés, les personnes qui étaient à terre purent apercevoir une petite barque, montée  d’un seul homme gagnant le large, et le grand bateau à la dérive, ayant l’antenne rompue, la voile déchirée.

— Sur la mer flottait un corps noir et informe. . . .

                Ce fut alors que les nommés Joseph Icard, Jean-Baptiste Jourdan,  Joseph Dernart et Joseph Lantelnie se jetèrent dans un  canot pour aller secourir ces infortunés qu’ils ne croyaient qu’étourdis, effrayés par le bruit de la foudre.

                Ils trouvèrent M. Bertrand seul clans le Petit bateau, pâle, les yeux hagards, ne pouvant plus le gouverner et implorant du secours.

                Dans le grand bateau, un spectacle horrible frappa leurs regards : Cinq cadavres gisaient là, foudroyés ! Et quatre individus, le teint hâve et décomposé, était assis sur le pont n’ayant pas même le sentiment du malheur qui venait de les frapper.

                En réunissant les souvenirs, nécessairement confus, des acteurs de ce sinistre épisode , voici ce que  j’ai recueilli, en l’appuyant de observations que j’ai pu faire moi-même après l’évènement.

                Il paraitrait qu’au montent ou le fluide  électrique aurait

Frappé le bateau, il aurait été agité par une forte secousse et chaque individu aurait éprouvé une commotion violente, instantanée, telle que celle qui résulte de l'expérience par la bouteille de Leyde sur les personnes formant la chaîne.

                Le carreau de la foudre a d'abord brisé l'extrémité supérieure de l'antenne qu'on appelle pennon, et a déchiré un bout de la voile. Il est descendu le long  de l'antenne, et en passant a foudroyé le nommé Bonnifay, debout sur le pont, occupé à serrer la voile: arrivé au mât, il la suivi dans toute sa longueur, en contournant  en spirales  rapprochées, jusques dans la cale, où il était attiré par huit gueuses en fonte servant de lest. Dans cet étroit espace, d'après les suppositions qu'il est permis de faire, le tonnerre, dans le tourbillon de ses anneaux, a asphyxié Silvy, et Challand, assis tous deux en arrière du mat: par ricochet, il a frappé Barraly, qui, pour se mettre à l'abri de la p^luie, s'était glissé sous le pont à tribord: et par un second ricochet, a étourdi épileptiquement Carles, placé à l'arrière; et enfin il s'est échappé dans la mer par la cale, en y pratiquant une ouverture assez large au-dessous  de la ligne de flottaison et en enlevant à l'arrière quelques douzaines de clous, dont l'absence, après avoir disjoint les bordages , a livré à l'eau un passage facile.

                Les débris les débris enflammés de la voile  et d’une partie des vêtements  de Bonnifay  mirent le feu à un fagot de Sarments placé sur le pont de l’avant.

 

Quatre  hommes sur neuf qui montaient le bateau au moment de la catastrophe avaient été seulement épargnés.

 

La conservation de Lanoë et Gardairest très -remarquable; Assis tous deux à  peu de distance du mât sillonné par la foudre, le premier les pieds posés sur les gueuses en fonte, a dû probablement son salut à un lourd caban grec de pure laine qui l'enveloppait en entier. Il est cependant à peu près reconnu que la laine n'isole pas. Un engourdissement  de peu de durée dans les membres inférieurs

rieurs, accompagné de prostration de forces  dans  les mêmes  parties , sont les seules impressions douloureuses qu'il ait ressenties.

                M. Gardair une jambe dans la câle, un pied appuyé sur le pont, Je corps penché, occupé à démarrer une corde, a cru a cru voir et entendre le passage du fluide, qui a fait évanouir CarIe , placé à sa droite. il croit devoir son salut à sa position  inclinée, car la foudre aurait passé sur sa tête.

C’est lui qui malgré la consternation qui régnait, a conservé assez de sang-froid, pour apercevoir Je faix de sarments embrasé et l’a lancé à l’eau . C’est le corps noir flottant qu’on apercevait de terre. Quant à MM. Escallon et Moulet , placés aux deux extrémités du bateau, ils se trouvaient  assez éloignés du foyer que le fluide a parcouru.

                Bonnifay, brisé en deux par la commotion , était horriblement  mutilé!! ses vêtements en grande partie enlevés son bandage herniaire avait disparu et l’agrafe en fer qui le retenait sur le ventre était broyée; ses parties génitales, son abdomen semblaient labourées  par le fluide électrique

A la partie interne et supérieure des cuisses, se trouvaient deux énormes eschares; sur l’épaule, une plaie large et profonde laissait suinter goutte à goutte un sang noir et épais, son épiderme se détachait avec la plus grande facilité Sous la simple pression du doigt.

                Silvy  offrait tous les caractères de l’asphyxie : l'extravasion du sang dans Ie tissu vasculaire l’avait rendu

Complètement noir, ses yeux hors  des orbites et ses lèvres boursoufflées le faisaient ressembler à un nègre.

                Chullaud avait le muscles de la face fortement con trac tés et paraissait avoir succombé à d’horribles souffrances.

                Barraly, au contraire , grand et beau, jeune homme ,d’une blancheur de teint et d'un tissu cellulaire  remarquables avait conservé l’apparence  d’un sommeil   doux et tranquille: ses membres et ses articulations avaient encore la flexibilité et la chaleur de la vie , tandis que dès les premiers

Moments les autres avaient été raidis. Ce n’a été que plusieurs heures après que son corps a pris la lividité et l’aspect de la mort.

                Carles se tordait dans d’affreuses convulsions ; ses nerfs électriquement agacés lui causaient des douleurs atroces. Des frictions sur l’abdomen lui donnaient un peu de soulagement. Sa mémoire n’avait rien retenu de ce qui s’était passé; aussi ne pouvait-il se rendre compte de ses maux, ni de son séjour dans une maison inconnue.

                Voilà l’état désespéré de ces infortunés qui, sans de prompts secours, auraient tous succombé.

                Icard que la providence avait conduit voyant qu’un  temps précieux se perdait à tirer le grappin qu’on avait mouillé, fit lâcher  le grelin qui le retenait à bord, et aidé de ses compagnons, remorqua la barque jusqu’au rivage. Il était temps, car à peine eut-on débarqué les cadavres sur la plage, qu’elle sombra.

                Icard, aidé de ses frères, Antoine et Marcel, transportèrent dans leur demeure toutes ces victimes et leur prodiguèrent les soins qui étaient à leur portée.

                Je ne dois pas passer sous silence la noble conduite de M. François Gardair, peseur de commerce, qui, encore tout moulu, tout impressionné  des émotions causées par la catastrophe, n’a quitté Ie bateau qu’après avoir aidé les frères Icard à déposer les cadavres à terre,  où il a

prodigue les soins les plus empressés à Carles et n’a songé à rentrer dans ses foyers, qu’après avoir fait rendre les derniers devoirs aux malheureuses victimes.

                Ici se termine, Messieurs, cette triste narration. Il ne me  reste plus qu’à fixer votre attention sur les nommés: Icard, Jourdan, Demart  Lantelme et vous faire remarquer avec quel empressement, avec quel oubli d’eux-mêmes, ils sont allés courageusement au-devant d'un danger qui pouvait leur devenir funeste. Aucune considération ne les a retenus ; ils ont fait abnégation de leur personne

ils se sont bravement élancés au milieu du nuage électrique, et leur mérite est d’autant plus grand qu’aucun calcul d’égoïsme ni d'intérêt  personnel n’a eu le temps de se présenter à leur pensée.

                Quand après l’ouragan, rentrés dans leur vie ordinaire les personnes miraculeusernent sauvées ont voulu les rémunérera de leur dévouement et de leurs pénibles soins, ces simples artisans ont généreusement refusé tout salaire:

                C’est qu’en effet, il est des actions toutes morales, actions émanées du Christ, actions toutes spiritualisées, à la hauteur desquelles le positivisme de l’or ne pourra jamais atteindre.

                Les cœurs expansifs et grands n’ont besoin, en retour, que de cette belle monnaie du cœur: la reconnaissance.

                Mais là où le dévouement se cache, là où le véritable héroïsme se voile de modestie, commence le rôle des bienfaiteurs de l’humanité….

Naufrage de la frégate la Méduse, Révolte d'une partie de l'équipage sur le radeau : [estampe]

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8414219c/f1.highres

PPP

 

Madague de Mont Redon  par beau temps; le naufrage a eu lieu dans ces parages

Madague de Mont Redon par beau temps; le naufrage a eu lieu dans ces parages

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