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vebre09marseille-histoire fleursetgraindesel

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Ce blogue a pour but de vous faire part de mes recherches, bien modeste, sur l’histoire de Vèbre et de sa région. Mais aussi de mettre en ligne un peu d’histoire des plantes du jardin botanique de Marseille; mon lieu de résidence. Le tout agrémenté de photographie et d’autres textes.

Publié le par Ponpon de Pey
Publié dans : #Langue d'Oc
Ariège _Le parler de Foix

 

 

Pour beaucoup de ceux qui sont nés de la terre dans notre haute Ariège le patois  nous berçait bien que  nos parents ne nous le fissent pas parler ou très peu.

A l’école  il était strictement interdit. Mon père me disait  (il était né en 1911) que sitôt la porte de l’école franchie tous les enfants parlaient patois.  Les personnes nées jusqu’e vers 1920 parlaient toujours patois entre elles. Celles nées après parlaient patois avec les ainés et français entre elles et avec les plus jeunes . Celles nées après 1930  ne parlaient plus que français.

Les éléments de grammaires que je mets en ligne sont tirés de la revue BSA Bulletins de la Société Ariégeoise des Sciences, Lettres et Arts. Une partie des numéros est disponible sur Gallica.

Je publierai donc cette grammaire en  5 parties.

 

 

1907      Sicre Paul            Eléments de grammaire du dialecte de Foix (I)

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56582927/f128.image.r=grammaire.langFR

 Ce premier livre ne comporte que des lettres, des considérations générales et la présentation de la publication.voir le N° en ligne.

 

                Sicre Paul            Eléments de grammaire du dialecte de Foix (II)

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56582927/f192.image.r=grammaire.langFR

_______

                Sicre Paul            Eléments de grammaire du dialecte de Foix (III)

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56582927/f289.image.r=grammaire.langFR

________

1908      Sicre Paul            Eléments de grammaire du dialecte de Foix (IV)

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56582927/f352.tableDesMatieres

__________

                Sicre Paul            Eléments de grammaire du dialecte de Foix (V)

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56582927/f402.tableDesMatieres

___________

                Sicre Paul            Eléments de grammaire du dialecte de Foix (VI°

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56582927/f456.tableDesMatieres

 

 

 

Image de couverture :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k298496c/f479.item.r=.zoom

page 455 preuves de l’histoire chronique

tome 5 _1185-1234 de l’édition du XIX° siècle

voir le début du texte en fin de ce Blogue.

 

 

 

 

ELEMENTS

DE

GRAMMAIRE DU DIALECTE DE FOIX

PAR PAUL SICRE

II

AVANT-PROPOS

L'Ariège étant limitrophe de la Gascogne et du Languedoc, les dialectes qu'on y parle participent, suivant la région, du gascon ou du languedocien. C'est le gascon qui domine dans le Couserans, c'est-à-dire dans l'arrondissement de Saint-Girons ; dans ceux de Pamiers et de Foix, c'est un sous-dialecte languedocien (1) qui offre, du reste, de grandes analogies avec celui de Toulouse. Toutefois, les règles et nomenclatures, qui font l'objet de la présente étude, s'appliquent plus spécialement au parler de la ville et du canton de Foix.

Nous nous proposons d'en exposer les particularités linguistiques et grammaticales, abstraction faite de toute considération historique ou philologique sur l'ensemble des langues romanes (2).

Nous n'avons pas, d'ailleurs, jugé à propos de rappeler, dans ces éléments, les principes généraux, les définitions ou autres détails de syntaxe qui relèvent de la grammaire proprement dite; nous nous

référerons, à cet égard, aux méthodes classiques de grammaire française, dont la précision et la clarté sont au-dessus de tout éloge.

 

(1) M. Luchaire le classe parmi les dialectes languedociens ou occitaniens. Voir ses

Etudes sur les idiomes pyrénéens (Paris, 1879).

(2) La langue d'Oc a été une des premières langues modernes dérivées du latin. Elle

commençaà prendre de la consistance, sons le nom de lengua proënsala, à la cour de

Boson,roi d'Arles, vers 880, et brilla

 

— 178 —

CHAPITRE PREMIER

ORTHOGRAPHE— PRONONCIATION— ACCENT

                L'alphabet est le même qu'en français.

                Plusieurs systèmes d'orthographe ont été successivement ou concurremment adoptés pour la transcription tant du provençal que des divers dialectes du Midi de la France.

                Quelques auteurs ont le souci constant de l'étymologie ou de la tradition et ne reculent pas devant l'emploi de lettres exceptionnellement muettes ou déviées de leur prononciation habituelle.

                De ce nombre sont les Félibres occitans ou néo-romans qui, sous l'impulsion de MM. Antonin Perbosc et Prosper Estieu, poursuivent l'épuration systématique de nos sous-dialectes languedociens, et, cherchant à enrayer l'action dissolvante des patois, s'efforcent vaillamment de continuer l'œuvre littéraire des troubadours des XIIe et XIIIe siècles. Ils écrivent notamment :

a (au lieu de o), terminaison féminine des noms, adjectifs, verbes : aiga, blanca, canta, cercaban;

o (au lieu de ou) : nos, uros, tot, flor, ora, color ;

ô accentué représente au besoin le son o : ôli (huile), vôli (je veux) ; r, d, n. finales étymologiques, aujourd'hui muettes, des infinitifs et des noms. Ex. : cantar, color, finir, entier, vin, pan, camin, nacion, ped, jorn;

v étymologique (au lieu de b), comme en espagnol et en catalan.

Ex. : vin, venir, voli, vinha.

Certains même (voir le Dictionnaire provençal d'Honnorat) écrivent,

par analogie avec le français : oubligear, mangear, herba, avec

e, h, r muets.

                D'autres, au contraire, au risque de défigurer les mots usuels, tendent

principalement à la représentation phonétique du dialecte étudié : tels

sont l'abbé de Sauvages (Dictionnaire languedocien, Nîmes, 1785) ;

G. Visner (Sirven) dans son édition récente du Dicciounari moundi de

Jean Doujat (Toulouse, 1895).

                Les auteurs provençaux modernes ont, du reste, orienté dans ce senseur système de graphie, consacré par Mistral dans son Trésor dôu Félibrige ; on y trouve, par exemple : cuié, cuiller ; lio, lieu ; dre, droit ; bouié, bouvier ; talomen, tellement ; pau, peu ; voués, voix ; èr air ; pas, paix ; di, dit ; briha, briller ; taio, taille ; fagué, il fit, etc…

 

— 179 —

On écrit, de même, en Béarnais : ray, frère (pour fray) ; bene, vendre; ha, faire; libe, livre; let, haleine (pour halet) ; red, froid (pour fred).

                Il convient, à vrai dire, de tenir compte orthographiquement, tout au moins dans une certaine mesure, des différences qui existent entre les prononciations des régions, même les plus voisines.

                On ne saurait, en effet, transcrire d'une manière identique la phrase :

« Il ne faudrait pas que nous eussions mangé trop de pain... » qui se dit à Foix : « Caldrio pos qu'ajessem manjal trop de pâ... » et à Aurillac : « Courio pas qu'otchossion montchat trot de pu... »

                Mais, si ces transcriptions phonétiques sont utiles pour constater les nuances qui séparent les divers dialectes ou patois, le rôle d'une grammaire proprement dite est plutôt de favoriser le groupement de ces dialectes, de ramener et de contenir, clans des limites certaines, les écarts individuels et les fantaisies locales, et de contribuer ainsi, par une épuration rationnelle, à la connaissance de notre harmonieuse langue d'Oc.

                Sans entrer dans la discussion des mérites respectifs clés différents systèmes d'orthographe, nous estimons qu'il convient de donner, en principe, la préférence à celui qui sait tenir compte à la fois de la tradition, de la phonétique, de l'étymologie, ainsi que de l'évolution progressive des idiomes.

                Au surplus, dans une étude ayant pour objet de constater l'état actuel du dialecte parlé à Foix, nous avons cru devoir indiquer, dans tous les cas, les formes usuelles et la prononciation locale.

                Nous avons adopté, à cet effet, l'orthographe recommandée par M. Pasquier, le dévoué secrétaire de la Société ariégeoise des Sciences, Lettres et Arts, dans son édition du Tabléu de la Bido del Parfet Crestia (du P. Amilia), ainsi que dans les publications de l'Escolo Audenco, et dans l'intéressante édition de l'Almanac patouès de l'Ariejo par M. Gadrat, imprimeur à Foix.

                Nous écrirons, par exemple : quand, quand ; quant, combien ; cant, chant; camp, champ; quatre, quatorze, cinquanlo ; cibado, avoine; cira, cirer ; jeta, jeter ; gemi, gémir ; — mais aussi : forso, force ; ome, homme; abé, avoir; so, ce; è, et; tren, train; certéno, certaine; prets, prix ; dets, dix ; prumiè, premier ; papiè, papier ; gragnè, grenier ; jamès, jamais ; rouje, roujo ; manja, manjec ; jutje, juge ; relotje, horloge ; doutze, douze; tretze, treize ; paure, pauvre; deure, devoir; biure, vivre ; dous sous, deux sous ; trahi, trahir ; sahuc, sureau ; coundiciu, pacient (et non counditiu, initient) ; naciu, nation ; mais natiu, natif; sept (sept) et sét (soif)

 

— 180 —

Prononciation du dialecte fuxéen

Règle générale. — Toutes les lettres se prononcent distinctement et conservent la prononciation qu'elles ont dans l'alphabet français.

                Les exceptions, signalées ci-après, proviennent :

                1° De l'absence de signes alphabétiques spéciaux, destinés à la représentation soit du son vocalique ou, soit des articulations ch, gu, qu, gn, Ih, nh.

                2° De l'adoucissement ou du renforcement des consonnes c, g, r, v, s.

                3° De l'influence produite, sur les consonnes finales d'un mot, par la

consonne initiale du mot suivant.

                Il importe, dès lors, d'éviter dans l'écriture le redoublement de consonnes, qui ne se fait pas sentir dans la prononciation.

                On écrira donc : ome et non homme ; belo et non bello ; jato, lato, flato, quito, bouno, marmoto, bestiolo, etc. Mais, en revanche : dinna, dîner ; facille, facile ; brulla, brûler ; redde, raide ; arresta, arrêter, où le redoublement est très sensible.

 

Voyelles

                1° A se prononce comme dans Anna, parla, sale ; ce son se conserve même dans les diphtongues au, ai (prononcées âou, ) ; il ne s'altère pas comme dans les mots français aile, peau, Saône, autre.

                2° E est habituellement fermé comme dans léger, café; dans ce cas, il ne prend pas d'accent.

                Ex. : tendrem, nous tiendrons ; bendras, tu viendras ; taloment, tellement ; peno, peine ; prenio, il prenait ; ple, plein ; res, rien ; tens, temps ; ensemble, ensemble ; maire, mère.

                Sa prononciation est plus aigüe dans les syllabes toniques et, en général, dans les monosyllabes que dans les finales atones, comme dans paire, fraires, dire, poden, etc.

                Cette voyelle a parfois un son ouvert, comme dans progrès, tête, sel :

                               Soit à la fin de certains mots : papiè, darrè, où elle remplace la terminaison romane ou française er ; elle est alors marquée d'un accent grave (1) ;

                               Soit dans les mots : tè, tiens ; , va ; , faire ; , pied ; Soit quand elle est suivie de r ou l dans la même syllabe :

                                               Ex. : perlo, perle ; terro, terre ; cel, ciel ; bel, beau ; Exceptionnellement, l'e est fermé dans pél, cheveu; pér, pour; dél, du ;

  1. Voir plus bas, p.

 

— 181 —

Soit dans les finales toniques, telles que abèm, nous avons; boulets, vous voulez ; cantèc, il chanta ; jamès, jamais.

                E n'est jamais muet, comme dans eurent, fille, eau, geai, soie ; il ne saurait prendre la prononciation qu'il a dans les mots français : enfant, Rouen.

                Il y aurait intérêt à distinguer, par l'accentuation, des prononciations différentes, telles que : pél, cheveu, de pèl, peau ; més, mois, de mès, mais ; pés, poids, de pès, pieds ; , il tient, de , tiens ; , il vient, de , va (impératif).

                3° I sonne toujours comme dans cilice, inouï, et non comme dans

pain, dinde, gloire, dessein (voir ci-après au paragraphe des diphtongues).

                4° O comme dans poche, sol, mot, et non comme dans foi, paon, poêle.

                5° U se prononce comme dans nature et non comme dans parfum, rhum, beau, feu. Il est muet, comme en français, après les lettres q et g (guerro, que, qui).

                U se prononce ou, quand il est précédé, dans le même mot, d'une autre voyelle avec laquelle il forme une diphtongue monosyllabique. Ex. : faure (prononcé fâouré) ; lèu (lèou); nbu (nôou); béu (béou); riu (rîou).

                Exceptions : Dans plabiùt, plu; sapiùt, su; Marius,... cette voyelle garde le même son qu'en français.

                6° Ou a aussi le même son qu'en français dans toujours; toutefois, lorsque la voyelle o est accentuée, ce groupe forme une diphtongue se prononçant ôou en une seule émission de voix.

                Ex. : sòu, sou (prononcé sôou) ; nòu, nouveau (prononcé nôou).

                7° Y est rarement usité dans l'orthographe moderne des patois ou dialectes : on écrit martir, mistèri, et non martyr, mystéri ; mais on emploie encore : y (pronom et adverbe) ; ! ay! og! (interjections).

                 Y joue entre deux voyelles le rôle de demi-consonne. Ex. : joyo, joie ; emplouya, employer. La même remarque peut être faite à l'égard de ou qui, dans le mot ouèit, huit, est précédé d'une sorte d'aspiration, sensible dans l'expression : les oueit jouns, les huit jours ; prononcez lèy houèit jouns, et non lés oueit jouns.

Il en est ainsi en anglais où y et w sont des demi-consonnes.

 

Diphtongues

Les groupes ai, éi, èi, oi, iu, au, eu, eu, io, te, ia, au, oui, ouè, iai,

iau, ioi, iéu, iou, ouèi, etc., dans lesquels chaque voyelle conserve sa

prononciation propre, forment de véritables diphtongues ou triphtongues,

 

— 182 —

le plus souvent monosyllabiques. On indique, le cas échéant, l'accent de la voyelle prépondérante ; les autres éléments du groupe sont, à proprement parler, des demi-voyelles très brèves, sur lesquelles la voix ne s'arrête pas : ai, ei, oi, par exemple, se prononcent comme dans ail, veille (français), boy (anglais).

                Ex. : paire, père ; bailet, valet; péich, poisson; nèit, nuit; rei, roi; grèich, graisse ; coire, cuire ; piuse, puce ; tiu, tien ; trauc, trou ; béu, il boit ; nèu, neige; pou, peur; nou, nouveau; bouida, vider; couire, cuivre; biaich, biais; siaud, silencieux; biou, bœuf; ouèit, huit (1).

                Dans les diphtongues suivantes, l'accent est sur la deuxième voyelle de chaque groupe : animaciu, animation ; souer, soir ; biasso, besace ; piétat, pitié; piot, dindon; bielh, vieux; fuilo, fuite; ruino, ruine; sapiud, su; piano, piano; papiè, papier.

                En raison de cette circonstance, la grammaire catalane les nomme croissantes, par opposition avec les précédentes : paire, neit, tiu, etc..., appelées décroissantes.

                Ces groupes deviennent polysyllabiques dans certains mots, tels que

pais, réussis, duo, trio, ancriè, pions, oubéï...

                Exceptions. — 1° Par analogie avec le roman et le français, le groupe ai sert à figurer le son à (dialecte de Foix), à la première personne du singulier des futurs : cantarai, finirai, perdrai, ainsi qu'à l'indicatif présent du verbe abé, avoir, dont la première personne du singulier ai, se prononce è comme en espagnol; dans quelques régions de l'Ariège on prononce aussi èi (voir ci-après chapitre VIII).

                2° Dans certains gallicismes devenus usuels, la diphtongue oi a retenu le son ouè qu'elle avait dans quelques dialectes de l'ancien français ; par exemple clans patois, bois, soir, soi, espoir, guingois, que l'on écrit aussi paloués, boues, souèr, etc.

Nasales

 

                Les nasales  an, en, in, on, un, n'ont pas, en languedocien, la même articulation qu'en français ; les voyelles qui les forment y conservent, suivant la règle générale, leur son alphabétique ; on prononce toujours, dans ce cas, comme dans les mots : Anne, henné, inné, honni, une...

                Toutefois, devant une consonne gutturale ou labiale, on retrouve la nasalisation française.

                Ex. : loungo, longue ; fango, fange; un pais: un bel ome; oumbratje, ombrage; lampo, lampe; blanco, blanche; branla, branler.

                (1) Voir, dans l'introduction, le passage relatif aux diphtongues et à la façon de les orthographier

 

— 183—

Consonnes

 

Les consonnes ont, en général, une articulation plus accentuée qu'en français.

                1° C et g peuvent avoir, comme en français, un son doux ou dur, selon la lettre qui suit.

                Ex. : céda, céder ; cira, cirer ; côs, corps ; carnabal, carnaval ; curbelh, crible ; ranc, boiteux ; crida, crier ;

                Gemi, gémir; girbo, gerbe; grand ; jouga, jouer; jôgui, je joue ; jouguec, il joua ; fargo, forge ; gusard, gueux.

                N. B. — On doit éviter, autant que possible, l'emploi de c avec cédille ; cette lettre ne se trouve guère que dans les gallicismes : Ah çà ! deçà (1).

                2° Le groupe ch, toujours chuintant comme en espagnol, se prononce presque comme tch dans caoutchouc.

                Ex. : chabal, cheval ; pocho, poche ; chuca, sucer.

                2 bis On constate, dans la prononciation de la consonne j, un durcissement analogue qui s'exprime, le cas échéant, par l'intercalation d'un t.

                Ex. : jutje, juge ; froumatje, fromage; atje, âge ; relotje, horloge.

                On écrit toutefois et on prononce : rouje, roujo, rouge ; saje, sajo, sage ; aje, ajo, qu'il ait.

                3° Gn a toujours un son mouillé comme dans digne, ignorer.

                Ex. : cargna, criailler ; ignoura, ignorer ; besegna, vendanger.

                N. B. — Certains auteurs emploient dans ce cas le groupe nh, plus conforme à la tradition romane.

                Ex. : vinha, vigne ; companhia, complanh.

                4° D est quelquefois dur à la fin des mots ; il prend alors le son de t.

                Ex. : quand un grand orne es partit; quand un grand homme est parti.

                5° T est toujours dur comme dans amitié, moitié, patte.

                On doit écrire dès lors : pacient, oubligaciu, et non patient, oubligatiu.

                L'orthographe permet ainsi de distinguer : actiu (actif) de acciu (action) ; atentiu (attentif) de atenciu (attention) ; natiu (natif) de naciu (nation).

                Le t final des adverbes taloment, souloment, etc, encore sensible à Foix, tend à disparaître comme cela s'est produit en provençal.

  1. Voir plus bas, p. 185; les Provençaux font usage de cédille.

 

— 184 —

                        6° H n'est aspiré que dans les patois gascon et béarnais où cette consonne remplace f.

                        Ex. : henno, femme ; haure, forgeron ; hilh, fils ; hount, fontaine.

                Sauf ce cas, cette lettre, rarement employée seule, est alors muette comme en français; dans l'intérieur des mots, elle sert, au besoin, à

séparer deux syllabes.

                Ex. : trahi, trahir ; sahi, saindoux ; sahuc, sureau ; oh ! ah ! hep !

                On ne l'exprime pas au commencement des mots, dans le dialecte

fuxéen.

                Ex. : orne, homme; à l'asart, au hasard ; ort, jardin ; abit, habit.

                7° Lh a un son mouillé, comme ill en français, Il en espagnol, gl en italien.

                Ainsi filho correspond à fille en français, et à figlia en italien ;

aurelho oreille oreglia

                On écrit palho, paille; molh, mouillé; gulho, aiguille; culhè, cuiller.

                Par analogie avec le catalan, ce son mouillé se rencontre fréquemment,

à la place de l simple, dans le parler des cantons de Lavelanet et de Quérigut, où l'on prononce alhà pour alà (là-bas) ; plhoura pour pleurer ; en catalan : Hoc, lieu ; llop, loup ; lletra llatina, lettre latine.

                8° R. Cette consonne a exceptionnellement une prononciation dure et redoublée à la fin de quelques monosyllabes, tels que fer (prononcé fèrr) ; car, chair; quèr, cuir.

Il en est de même au commencement des mots.

Ex. : rat, rire, rous.

                9° V est habituellement remplacé par b dans la prononciation et dans l'écriture.

Ex. : béni, je viens ; bous, vous ; biure, vivre ; lebre, lièvre ; bi, vin,

etc.

                10° Q s'emploie comme en français, c'est-à-dire toujours suivi de u muet.

                Ex. : quand, quant, qui, que; on écrit pourtant qun, quno (quel? quelle?) ; mais, par contre, aco et non aquo.

                11° X se prononce comme en français, quand il est entre deux voyelles : exemple, Alexis.

X se change souvent en s, comme en espagnol, devant d'autres consonnes ; on dit esplica, estremo, esquis, esperienso, pour expliquer, extrême, exquis, etc, et de même escur pour.

 

185

                2° X, ce, es, se prononcent vulgairement ts ou tz ; ainsi exemple se lit etzemple ; brocs, brots ; accident, atsident ; un broc soulide, un brot soulide (1).

                On retrouve cette même prononciation dans les mots absent, cops, sacs, caps, etc. Ces derniers mots s'écrivent dans le dialecte d'Agen : cots, sats, cats.

                13° Z et k ne se trouvent que dans certains mots d'origine étrangère ; tels que kilo, kina, azur, zéro, zephir et dans les mots ounze, doutze, treize, quatorze, quinze, etc.

                14° B, p et g se redoublent, seulement dans la prononciation, devant la consonne l.

                Ex. : régla, aglo, noble, pople, prononcé rég-glâ, âg-glo, nôb-ble, pôp-ple.

                15° Le groupe ph n'existe pas en languedocien ; il est remplacé par f.

                On écrit : Felip pour Philippe ; Filemon pour Philémon.

                16° S est, suivant le cas, doux ou sifflant, et peut se redoubler comme en français.

                Ex. : aisit, aisé ; roso, rose ; sabes, tu sais ; triste, triste ; sor, soeur ; segur, sûr ; pensa, penser ; pesa, peser ; grosso, grosse ; plasso, place ; rousso, rousse.

                Entre deux voyelles, le double s remplace le c avec cédille : plassec, il plaça ; quand le c vient après une consonne, un seul s suffit : foursabo, il forçait ; abansam, nous avançons.

                N. B. — Devant les mots qui commencent par une consonne autre que c dur, q, p, t, la lettre s se vocalise et prend le son mouillé de y ou i très bref, quand elle est elle-même précédée d'une voyelle.

                Ex. : las terros negros, se lira : lass terrôy négross ;

                               fas pos pla, fas mal, se lira : fass poss plâ, fày mal ;

                               les pelses blancs, se lira : léss pelséy blants ;

                               dous cents, se lira : dôuy cénntss.

                Cette vocalisation existe aussi dans l'intérieur de certains mots où elle est, d'ailleurs, consacrée par l'orthographe actuelle : ainsi eichuga, eicheca, eifort, qui correspondent à essuyer, dessécher, effort (esfort) ; il en est de même dans ais, deis pour als, dels ; dans aibre pour arbre ;

en italien, noi, voi, pour nos, vos (voir en outre, chapitre III).

 

(1) tes mots français terminés en x et en s changent, dans le dialecte fuxéen, ces deuxlettres en ts. On écrit pats, paix : prets, prix ; bouts, voix ; couts, croix, et non par, prex, boux, croux. De mêne cantats, vous chantez ; legissets, vous lisez ; bendiots, vous vendiez, et non cantatz, cantax, cantaz ou cantas, etc.

On dit pourtant nas, nez; gas, gaz.

 

— 186 —

Observations générales. — Contrairement à ce qui a lieu en français, les consonnes finales sont rarement muettes.

                Ex. : les pendents, les pendants, se prononcera léss pénn'dénn't's.

                               un rat è un pal de fer, se prononcera une rratt' è ûne pall' dé fêrr.

                En outre, elles subissent souvent l'influence attractive de celles qui commencent le mot suivant.

                Ex. : les pendents d'or, se prononcera léss pén'dén' d'or ;

                               bous, ets malaut, el es maichant, se prononcera bous èm' malâout, él éy mâïchannt ;

                               dounats-me pa, se prononcera dounam' me pâ ;

                               pot pos ac dire, — pop' pôs ad' dîré ;

                               ab besio, ac ai feit, — ab' besiô, ag hè fèit ;

                               abets près l'aire, — abèp' préy l'aire ;

                               les dets cops, — léy dèc' cots ;

                               un cap nègre, — une can' nègre ;

                               un cop tarrible, — une cot' tarrible ;

                               trop de cops per élis — trod' dé cop' pér éliss.

                C'est en vertu de ce principe que l'on dit, comme en italien : atte, bittimo, fattou, rittou, pour acte, victime, facteur, recteur.

                Une déformation analogue s'observe, en arabe, dans la prononciation de l'article el : on écrit el din (la religion), et l'on prononce ed dîne.

 

Prosodie — Accent tonique

                                Les voyelles, et par suite les syllabes, de nos dialectes méridionaux peuvent être :

                                1° longues : pâlo, pelle ; bèlo, belle ; bîdo, vie ; môlo, meule ; cûgo, queue ;

                                2° brèves : fat, fat ; fret, froid ; finit, fini ; pot, lèvre ; seguda, suivre ;

                                3° muettes ou atones, c'est-à-dire très brèves, dans les finales e, es, o, os, etc, visées ci-après.

                                Ex. : pâire, père ; fénno, femme, etc...

                D'autre part, l'accent tonique marque l'élévation ou la prolongation de la voix sur une certaine voyelle du mot.

                Très sensible en languedocien, l'accent tonique est le plus souvent sur la dernière syllabe du mot.

                Ex. : prenèm, nous prenoms ; canta, chanter ; raumas, rhume ; parlats, vous parlez,

 

— 187 —

                Il est, à moins d'indication contraire, sur l'avant-dernière syllabe des mots terminés par-e, o, es, is, os, en, on, ets, ots...

                Ex. : imatje, cerco, fenno, ténes, cantos, prénen, aimon, élis, toutis, cantèguets, aimabots, Mario, Lucio, etc...

                Une diphtongue peut quelquefois être muette, c'est-à-dire atone.

                Ex. : cambio, il change ; joyo, joie ; cambies, que tu changes.

                Ces mots forment des rimes dites féminines.

                De ce nombre sont exceptionnellement les mots : lîri, lys ; bîci, vice ;

mântou, manteau; âpit, céleri; sântus, saint; lûci, myope (féminin :lûcio) ; et les premières personnes du singulier des indicatifs présents :préni, je prends ; béndi, je vends ; tourni, je reviens.

                Dans cerco-le (cherche-le), l'accent est sur l'enclitique le.

                Dans troubats-le (trouvez-le), il est sur bats (on prononce troubâl-lè).

                Ici, comme en français et dans les autres langues néo - latines, le déplacement de l'accent tonique détermine parfois une altération des voyelles principales du mot (Principe de balancement des sons, formulé par Ampère et précisé par Gaston Paris) (1).

                Ex. :       ome, homme, devient oumenot, petit homme;

                               dêrmi, je dors, — durmi, dormir ;

                               jôgui, je joue, — jougat, joué ;

                               pôdi, je peux, — poudé, pouvoir ; pêsque, puisse ;

                               bôli, je veux, — boulé, vouloir ; belgue, veuille ;

                               beire, voir, — besio, je voyais ; bist, vu ;

                              

En espagnol       poder, pouvoir, — puedo, je puis ; pudieron, ils purent ;

                               acertar, réussir, — acierto, je réussis ;

En italien:            tenere, tenir, — tiene, il tient ;

                               morire, mourir, — muore, il meurt ;

                               odo, j'entends, — udiro, j'entendrai ;

Enfrançais           venir, venons, — viens, je vins, je viendrai ;

                               prendre, — prenons, pris ;

                               ciel, — céleste ;

                               valoir, — je vaux, que je vaille ;

                               vouloir, — je veux, que je veuille, voulu ;

                               pouvoir, — je peux, puisse, nous pûmes, pu.

                Accentuation. — Sauf dans les traités de grammaire ou de lecture, l'emploi des signes d'accentuation (accents aigu, grave, circonflexe ;

 

(1) Un changement analogue se constate aussi en allemand et en anglais :

Ex. : erdc, terre, fait irdisch, terrestre;

saugen, sucer, fait sog, je suçai ;

speak, parler, fait spoken, parle.

 

— 188 —

tréma) est restreint aux seuls cas douteux ou équivoques ; leur effet est alors le même qu'en français ; quelques auteurs n'en font même jamais usage.

                D'une manière générale, l'accentuation sert à marquer tant la nature de la voyelle que la place de l'accent tonique (1).

                Ex. : bési, je vois ; besi, voisin ; prénen, ils prennent ; prenèm, nous prenons ; ôli, huile ; nôbit, fiancé ; âpit, céleri ; patrio, patrie ; abio, il avait.

                Élision. — De même qu'en français et en catalan, les voyelles finales peuvent être élidées soit dans l'écriture, soit surtout dans la prononciation.

                Ex. :       l'ome t'a troubat : l'homme t'a trouvé ;

                               qui l' pourtarà : qui le portera ;

                               m'an dit qu'abio tort : ils m'ont dit qu'il avait tort ;

                               s'ac besio : s'il le voyait.

D'autre part :     uno estelo ardento, se prononcera uno stélo 'rdénto;

                               abio uno embejo, — abiù 'no 'mbéjo ;

                               y a uno fenno, — y a 'no fénno.

On dit et on écrit de même en catalan :

                no m coneix : il ne me connaît pas ;

                me l posa ; me n dona : il m'en donne ;

                si s mor ara : s'il se meurt aujourd'hui.

                Ces formes abrégées se retrouvent, d'ailleurs, dans la langue des

troubadours. (Voir, à ce sujet, aux chapitres III et IV ci-après.)

                Contraction, syncope, apocope. — Certaines expressions sont susceptibles de prendre, par contraction, syncope ou apocope, un aspect qui en défigure les éléments primitifs. (Voir, en outre, au chapitre VI : pronoms personnels, contractés ou élidés.)

                Ex. :       repumès, rien de plus, pour res pus mes ;

                               calcarrès, quelque chose,— qualque rés ;

                               praco, pour cela, — per acà ,

                               encà, encore, — encaro ;

                               pasque, parce que, — per so que ;

                               pai è mai, père et mère, — paire è maire ;

 

(1) L'accent tonique n'est indiqué, dans les textes, que depuis la renaissance félibréenne, c'est-à-dire depuis cinquante ans environ; beaucoup d'auteurs n'ont ce pas adopté système et, pour ne pas confondre les marques de l'accentuation et les accents graves, aigus et autres, ils suppriment les accents toniques. Ce sont surtout les Provençaux qui usage de cet accent.

 

— 189 —

mie, migo, mon ami, mon amie, pour (moun) amic, (moun) amigo ;

sièto, gleiso, gulho, pour assiette, église, aiguille ;

aqueste moun, ce monde-ci, pour aqueste mounde ;

oungan, cadan, cette année-ci, chaque année, etc.

 

Ces formes, essentiellement familières, doivent être évitées dans la

langue écrite ; il en est de même pour les gallicismes, tels que junome,

plêti, siuplet (jeune homme, plaît-il, s'il vous plaît).

 

CHAPITRE II

FORMATION DES MOTS

Nous n'entrerons pas ici dans de longs détails au sujet de la formation des mots dans la langue d'oc.

Comme pour les autres langues romanes ou néo-latines, le principe général de dérivation est la persistance de l'accent tonique des mots latins. Sous l'action de diverses causes secondaires (suppression de la déclinaison et du genre neutre, introduction de l'article, des temps composés dans les voix active et passive, etc..) la langue devient analytique, les sons s'altèrent conformément à la loi du moindre effort; les consonnes se permutent ou s'adoucissent ; les mots s'allègent et

la grammaire se simplifie.

                Les permutations entre consonnes du même ordre, p, c ou q, t, et les douces correspondantes b, g, d, par exemple dans les mots loup, amic, cantat, qui deviennent au féminin loubo, amigo, cantado, ont, d'ailleurs, existé à l'origine de la langue d'oc, alors qu'elle modifiait

à son profit les mots primitifs latins.

                Ex. : verecundia, bergougno ; macer, magre ; aqua, aigo ; nudus, nut ; rapa, rabo ; lepus, lebre ; rota, rodo ; maturus, madur ; vita, bido ; vivus, biu; nepos, nebout, etc.

On consultera utilement, à cet égard, les traités spéciaux de Diez, Bartsch, Raynouard, Littré, Ampère, Fauriel, Roquefort, etc.

                Au point de vue grammatical, les mots se forment, au surplus, d'après les mêmes procédés qu'en français :

                Imitation ou onomatopée, composition et dérivation, tels sont les grands principes, qui permettent soit de créer de nouvelles expressions, soit de modifier l'idée primitive au moyen d'affixes (préfixes ou suffixes) susceptibles de nuancer et de caractériser les substantifs, adjectifs,

verbes, adverbes, etc.

 

— 190 —

La terminaison féminine française e (noms, adjectifs, verbes) correspondant

à la finale latine et languedocienne a, est habituellement exprimée, en dialecte de Foix, par o.

Ex. : latin, rosa; français, rose; dialecte fuxéen, roso ;

                — femina; — femme; — . fenno;

                — canta ; — chante; — canto.

Cette altération de la voyelle latine a s'est produite en vertu de la loi précitée du moindre effort, au même titre que les changements :

                de ai en è. Ex. : cantarai, pron. cantarè;

                de è en é. Ex. : pèl (peau) ; pelat (pelé) ;

                de i en é. Ex. : inimicus (ennemi) ; enemic ;

                de au en o. Ex. : daurat (aurum), doré, or, trésor ; pausa, poser, du latin ponere ;

                de o en ou. Ex. : flor, flou; color, coulou; rosa, rousiè;

                du t final des participes en d au féminin. Ex. : cantat, fém. cantado ;

                du p final en b au féminin. Ex. : loup, fém. loubo (français, louve) ;

                du c final en g au féminin. Ex. : amic, magnac, fém. amigo, magnago;

                de l, r, s en i. Ex. : als, dels, arbre, esfort, essuyer, deviennent ais,         deis, aibre, eifort, eichuga.

C'est également pour faciliter la prononciation que l'on ajoute parfois une voyelle initiale dans les mots tels que statuo, statue. Ce même procédé existe dans les autres langues latines : escrime, écrire (du latin scribere); on dit, en italien : istatua (statue); lo studio (l'étude) et con istudio (avec étude).

                Les désinences les plus caractéristiques sont :

                1° Pour les noms substantifs :

                aire, eire (1) : cantaire, chanteur; fargaire, forgeron; legeire, liseur,lecteur ;

ari : noutari, notaire ;

è : bergè, berger ; darrè, dernier ; irangè, oranger (2) ;

ur : bounur, bonheur ; malur, malheur ; boulur, voleur ;

uro : macaduro, meurtrissure ; bielhuro, vieillesse, délabrement ;

ou : calou, chaleur ; agrou, aigreur ;      

at : caritat, charité ; pietat, pitié ; bertat, vérité ;

 

(1) Les mots en aire dérivent des verbes de la première conjugaison; la terminaison cire s'applique aux dérivés des autres conjugaisons.

(2) Les mots en è de notre dialecte sont terminés en français par er. Quelquefois on écrit ces mots avec un r, ce qui en facilite la féminisation. Ex. : au lieu de berge (avec un è), on écrit berger, bergèro. L'r ne se prononçant pas, puisque le son est ouvert, il a n'y pas plus lieu d'employer cette lettre dans ces mots qu'à la fin des infinitifs. On écrit canta et non cant

 

— 191 —

ici. : exercici, exercice ; serbici, service ;

asiu, aciu, assiu : oucasiu, occasion ; animaciu, animation ; passiu, passion ;

èro : dansèro, envie de danser ;

éso, iso, enso : fadéso, fadaise ; maichantiso, méchanceté ; pacienso,

patience, etc, etc. (Voir, en outre, chapitre IV.)

 

2° Pour les adjectifs :

A : crestia, chrétien ; È : tracassiè, prumiè ; UR : mentur ; ARI :

boulountari, volontaire; AL : final; AT : délicat; ANT : arrougant,

alegant ; ENT : pacient, pudent, doulent; ous : ergnous ; ABLE : aissable,

aimable ; IBLE : tarrible ; IU : natiu, natif ; ARD : babard, bavard.

 

3° Pour les adverbes de manière :

MENT, comme en français, que l'on ajoute à la forme féminine de

l'adjectif.

Ex. : taloment, tellement ; grandoment; grandement.

Quelquefois le t final est supprimé : talomen (1).

N. B. — Certains mots présentent des formes quelque peu dénaturées : transposition de voyelles ou de consonnes, syncope, apocope, etc.

Ex. :       chèvre, forme régulière capra ; forme usuelle, crabo ;

                acheter, — comprar; — croumpa ;

                semaine, — sepmana ; — semmano ;

                chambre, — camara, cambra; forme usuelle, crambo;

                aider se dit également ajuda et aduja ;

                aiguiser — asuga et agusa ;

                suivre — siègue, segui et seguda ;

                trouble (adj.)— treboul ;

                vêpres — brespos (au lieu de vespras) ;

                renifler — refla ;

                pitié — pietat.

Par contre, un changement de voyelle peut indiquer des acceptions différentes.

                Ex. :       sor, soeur, devient sur, religieuse;                         gallicisme fréquent

                               fraire, frère, — frèro, religieux ;                                              gallicisme fréquent

                               cor, coeur, — cur, le coeur (au jeu de cartes) ;  gallicisme fréquent

                               élégant, élégant, devient alegant, hargneux, désagréable ;

                               gra, grain (de blé), devient gru, grain (de raisin).

On peut aussi former facilement des verbes à l'aide d'affixes variés,

tels que a, des, en, eja, re, sup, sus, de...

(1)Voir Amilia, Tableu de la Bido del parfet Crestia et plus haut, P180

 

192

Ex.:                adousilha, percer un tonneau ;

        asounti, faire honte ;

        desparla, parler de travers ;

        foronisa, sortir du nid ;

        endebina, deviner ;

        s'abéusa, devenir veuf ;

        supourta, supporter ;

        estrefè, faire quelque chose ;

        enrenga, mettre en rang ;

        derenga, déranger ;

Ex.:                foulheja, faire des folies ;

        bestieja, dire des bêtises ;

        brasseja, faire de grands gestes avec les bras ;

        poutouneja, embrasser souvent;

        quequeja, bégayer (de quèc, bègue);

        suspesa, soupeser ;

        rebira, retourner ;

        roudalha, rôder, rôdailler

 

On obtient, en outre, de nombreux mots composés par la juxtaposition de deux parties du discours (noms, verbes, adverbes, prépositions) formant, le cas échéant, des surnoms ou sobriquets.

Ex.:                coltorse, tordre le cou;)

        lengomanja, déchirer à belles dents, dire du mal de... ;

        gatosiaud, hypocrite (comme les chats) ;

        paubal, qui vaut peu, vaurien ;

        paroplèjo, parapluie ;

Ex. :à gratipaudos, à quatre pattes (en parlant des enfants) ;

        bramofam, affamé ;

        tripo-negro, boudin ;

        miejoneit, minuit ;

        patobas, de petite taille, bas sur pattes.

 

CHAPITRE III

DE L'ARTICLE

Nous donnons ci-après le détail des diverses formes de l'article défini

et indéfini.

Article défini

MASCULIN

FEMININ

singulier

pluriel

singulier

pluriel

le nas, le nez

les nases, les nez

la terro, la terre

las terros, lesterres

del nas, du nez

des (dels) nases

de la —

de las —

al nas, au nez

As ‘als)       __

à la —

à las —

pel nas, pour le nez

pés (pels) —

per la__

per las —

chel nas, chez lenez

chès (chels) —

chez la__

ches las

sul nas, sur le nez

sus (suls)    __

sur la —

sur las —

èl nas, et le nez.

es (èls)       __

à la —

à las —

Joul nas, sous le nez

Jous (jouls) __

jous la —

jous las__

 

— 193 —

        L'article se place, en général, devant les noms (substantifs ou adjectifs), les verbes et autres mots employés substantivement.

        Ex. :       le gat è la gato, le chat et la chatte ;

                       les doulentis è las maichantos, les rusés et les méchantes ;

                       le béure è le manja, le boire et le manger ;

                       le trop è le pauc, le trop et le peu;

                       un res l'espanto, un rien l'épouvante.

Les noms propres eux-mêmes prennent familièrement l'article, surtout dans le canton de Lavelanet, à Toulouse et dans la Gascogne.

        Ex. : Le Jan è la Mario, Jean et Marie.

        L'article défini le, la, les, las, sert aussi à exprimer le pronom démonstratif celui, celle, ceux, celles : les de Toulouso, ceux de Toulouse, etc. (Voir, ci-après, chapitre V.)

        Article contracté. — Il est à remarquer (voir le tableau ci-dessus)que l'article masculin se contracte, comme en français et en espagnol, aux cas obliques, c'est-à-dire quand il est précédé d'une préposition.

        Ex. : del, du ; al, au ; sul, pel, chel, etc.

Article élidé. — Devant les mots commençant par une voyelle, l'article est susceptible d'élision au singulier ; en outre, au pluriel masculin des cas obliques, il prend une prononciation mouillée qui

n'exclut pas l'articulation de s final. On dira, par exemple, ais omes, aux hommes (1).

 

MASCULIN

FEMININ

singulier

pluriel

singulier

Pluriel

l'ome, l'homme

Les omes, les hommes

L’aigo, les eaux

Las aigos, les eaux.

De l’ome ,de l’homme

Des (deis) (dels) omes

De l’aigo, de l’eau

De las   _

A l’ome, à             _

As (ais)     (als)     _

A l’aigo

A las    _

Per l’ome, pour    _

Pes (peis) (pels)  _

Per l’aigo

Per las  _

Sur l’ome, sur        _

Sus (suis)  (suls)  _

Sur l’aigo

Sur las   _

E l’ome,  et            _

Es (eis)  (els)        _

A l’aigo

A las   _

 

L'élision de l'article (ou du pronom personnel le) masculin peut se produire aussi, au singulier ou au pluriel, devant un mot commençant par une consonne, à la condition que l'article soit immédiatement  précédé lui-même d'une voyelle.

  1. Vocalisation spéciale des liquides l, r, que l'on retrouve en italien piano, piacere, du latin plano, placere ; et en espagnol rubia (rouge), du latin rubra (Voir le chapitre Ier, page 185.)

 

— 194 —

             Ex. :       entendi 'l cant, j'entends le chant ;

Au singulie:     raimabo 'l gat, il aimait le chat ;

                            la péno 'l rousègo, la peine le ronge ;

et au pluriel:   me lèpi 's pots, je me lèche les lèvres ;

                            pourta 's papiès, porter les papiers ;

                            paro 's dits, il tend les doigts ;

                            toutis' autris, tous les autres.

Mais on dira sans élision :

                            entendras le cant, tu entendras le chant ;

                            aimabon le gat, ils aimaient le chat ;

                            las penos le rousègon, les peines le rongent.

Ces élisions s'observent surtout dans la prononciation ; on ne les écrit guère que dans le style familier.

 

Article indéfini

             Singulier : masc, un (prononcé comme le mot français une); fém.,uno.

             Pluriel : masc, unis ; fém., unos.

             EX. : un gat, un chat ; d'un gat, d'un chat ; à un gat ; per un gat, etc ; fém. : uno gato, une chatte; d'uno gato; à uno gato; per uno gato, etc.

             N. B. — U initial peut être élidé, du moins dans la prononciation.

             Ex. :       y abio 'n gat, y abib 'no gato, il y avait un chat, une chatte ;

                            y abio 'n gous, il y avait un chien ;

                            y abio 'nos gens, il y avait des gens,

             A remarquer l'emploi assez répandu de l'article féminin la dans l'expression masculine la un, l'un, que l'on rencontre, d'ailleurs, dans la langue des troubadours (XIIe et XIIIe siècles) et aussi dans les chartes d'affaires.

             Ex. : la un y diguec, l'un lui dit.

             Le pluriel de l'article indéfini, qui n'existe pas en principe, en français, est employé en dialecte, notamment lorsque le nom est affecté d'un qualificatif.

             On dira, par ex. : omes, des hommes ; fennos, des femmes ; gousses è gatos, des chiens et des chattes ; pelses de fennos, des cheveux de femmes ; et unis bèlis omes, de beaux hommes ; unos poulidos fennos, de jolies femmes ; m'a fèit unos bounos coundicius, il m'a fait de bonnes

conditions.

 

 

- 195 -

             On trouve aussi la forme du pluriel dans les expressions : les unis, las unos, qualques-unis. (Voir chapitre VI : pronoms indéfinis.)

             Les articles du, de la, des (de), pris dans un sens indéterminé et partitif, ne se rendent pas dans le dialecte de Foix.

             Ex. :       donne-moi du pain, de la viande, douno-me pa, biando;

                            je ne ne veux pas de vin, boli pos bi;

                            il sème des haricots, semeno mounjos.

             Le patois toulousain rend uniformément ces articles par la préposition

de.

             Ex. : tu as de la mie, je veux des croûtes, as de mico, jou boli de croustos ;

c'est du vin doux, aco' s de bi dous.

             Mais on dira, tant à Foix qu'à Toulouse, dans un sens déterminé :

douno-me del pa (ou d'aquel pa) qu'as croumpat, donne-moi du pain

(ou de ce pain) que tu as acheté.

(A suivre.)

 

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